Inkululeko & Mayotte

Comment ne pas vous présenter ce nouveau clip,  » Inkululeko « , titre extrait du premier album de l’artiste Di-Panda intitulé  » Bipolaire « . Des images à couper le souffle, mais aussi une chanson lourde de sens.

La chanson parle de l’Afrique, cette terre à la fois si pauvre et si riche dont nous connaissons tous la situation. A l’instar du continent, d’autres pays présentent des problèmes similaires, comme Mayotte : lieu où le clip a été tourné. J’ai voulu me pencher sur le sujet, pour vous informer, et vous faire prendre conscience peut-être, que malgré les maux de notre gouvernement français, nous ne sommes pas si mal lotis.

J’ai donc dans un premier temps, demandé à l’artiste, pourquoi avoir tourné le clip à Mayotte, et ce qui l’a frappé étant là bas.

 » Partir en Afrique pour ce clip était l’idée de base depuis la création même du titre . Ça a toujours été dans la tête de OneMat et, par la suite, dans la mienne. Anjouan, Les Comores et Mayotte sont les îles les plus proches de la terre mère. On avait déjà mis les pieds à Mayotte lors d’un Festival avec OneMat et David. Grace à cette expérience, on a pu avoir un premier contact avec l’île, ses habitants, sa culture. On a fait la connaissance de belles personnes qui n’ont pas hésité une seconde à nous accueillir avec amour, comme si on était de leur famille. Du coup, à défaut de pouvoir partir en Afrique, on est parti sur les îles d’Afrique.

Mayotte est authentique, son peuple est joyeux et accueillant. Et malgré la réalité de l’île, le peuple reste vivant, animé. Rares sont les personnes qui ne sourient pas à la vie, là bas. Cette énergie positive nous a tout de suite plu, et nous a mis à l’aise. Je vous conseille d’y aller… et vous comprendrez mieux.

Pour la mise en place du clip à Mayotte, OneMat a fait appel à Asma. Ils ont organisé ensemble le trajet du clip afin d’avoir des images qui correspondent à nos attentes. Momo nous a ouvert les portes de différentes villes et le peuple nous a accueilli chaleureusement. Nico ( le mari d’Asma ) nous a donné un super coup de main au niveau de la gestion technique ( gros big up à Nico, et on les remercie tous les trois ).

On a donné une interview sur Mayotte 1ère avec Natacha ( animatrice ), lors de laquelle on a reçu quelques conseils et surtout un superbe échange. A Mayotte, les auditeurs appellent et demandent la suppression des titres qui ont des propos irrespectueux ou qui dénigrent l’humain de manière générale à l’antenne. La musique consciente a donc une grande place sur les ondes. C’est plaisant de savoir qu’on est diffusés sur cette radio.

Séduit par l’île depuis notre première venue, c’était juste logique d’y faire un clip. L’île est un diamant brute et j’espère qu’elle ne perdra pas son authenticité au fil des années. « 

A voir les photos et récit de certaines personnes, on pourrait penser que la vie est simple mais belle à Mayotte. Et pourtant… Ne connaissant pas bien le pays mais souhaitant en parler malgré tout, j’ai donc demandé à Y*, une Mahoraise, si elle voulait bien témoigner de la vie sur son île natale, pour qu’on se rende bien compte de sa réalité.

  » Mayotte est une écorchée vive. C’est une île dont on se fout des maux et qu’on refuse d’écouter. Mayotte, c’est le petit Calimero de La France, le cheval de Troie de cette dernière pour coloniser doucement, et à long terme Les Comores – et pour cette raison, elle rechigne à la développer. Mayotte a trop longtemps souffert du syndrome de l’enfant adopté ( par La France ), qui a peur d’être à nouveau abandonné. Il en résulte que les Mahorais n’ont jamais vraiment réclamé leur dû à La France, et cette dernière prend tout son temps pour la développer.
Je suis née et j’ai grandi à Mayotte. Je l’ai quittée à 18 ans pour poursuivre mes études en Métropole. Je pense que j’ai vécu les plus belles années de l’île, ses années pleines d’espoir. Il y faisait bon vivre. Pour rien au monde je n’aurais souhaité naître et grandir ailleurs. D’ailleurs, c’est avec une douleur immense que je l’ai quittée à la majorité. Mes 2 premières années en Métropole ont été très difficiles. Je n’y retrouvais pas la chaleur des Mahorais, leurs chants, leurs vêtements traditionnels colorés, le soleil mahorais, ses plages dont elle est bordée et son lagon magnifique, les brochettes et autres plats traditionnels de Mayotte… Le lagon mahorais est riche, l’un des plus beaux au monde. Il offre des moments de plongée uniques. Ses langues, et ses coutumes qui rappellent grandement l’Afrique font d’elle une île unique, une île française qui vous promet un dépaysement total. Elle est si petite que s’y déplacer était plutôt aisé, aussi bien à pied qu’en taxi. Le taxi ne coûte rien sur l’île. Certes les voitures sont rudimentaires, mais on ne peut pas chipoter quand on peut se déplacer en voiture pour moins d’1€50 !
Mais la croissance démographique est un fléau sur l’île, et ses effets sont catastrophiques. Les embouteillages à n’en plus finir, l’insécurité palpable à tout moment de la journée, la pollution, des enfants abandonnés à leur sort, une éducation de piètre qualité tant les classes sont surchargées d’élèves qui n’ont même pas les bases du primaire – et ce même au lycée – le chômage, des terrains squattés qui ne suffisent plus à nourrir des familles… C’est, de plus, devenu une terre d’injustice. Son histoire en elle même est faite d’injustice.
À Mayotte la justice, et je dirais même les droits, ne sont pas les mêmes pour les Mzoungous ( qui sont très clairement de grands privilégiés à Mayotte ), les Mahorais, et les étrangers. Les inégalités sont présentes à absolument tous les niveaux. Les Mahorais sont français, mais pas trop… ils sont moins français que les Mzoungous, mais plus français que les sans papiers tout de même. L’éducation, les aides sociales, le SMIC… Rien n’est au niveau d’une île réellement française – département français qui plus est. Les gens qui viennent à Mayotte, viennent profiter d’elle, puis s’en vont. C’est une terre de passage aussi bien pour les fonctionnaires avides de primes et autres avantages, que pour les sans papiers qui ne rêvent que de rejoindre La France ou La Réunion.
Ados nous pouvions sortir jusqu’à pas d’heure dehors, sans parents, sans qu’il ne nous arrive quoique ce soit. Je n’ai jamais vécu d’agression à cette époque. Ça ne nous inquiétait même pas. L’île n’était pas bien sale, elle était respectée. J’ai eu la chance d’avoir bénéficié d’une bonne éducation avec de bons professeurs. La douceur de vivre à cette époque à Mayotte fait que les Mahorais continuent à se battre, continuent à croire que La France finira par les considérer. Ils continuent à se battre pour se réapproprier leurs terrains squattés par des étrangers à la recherche d’une vie meilleure. Ils continuent à se battre pour préserver leurs coutumes, leur identité. Mais les Mahorais n’ont pas fini de se battre… Je pourrais égayer le tableau, mais à quoi bon ? MA vérité c’est que Mayotte souffre… Et elle n’a pas fini de souffrir.
Je rajouterais juste un truc pour finir : heureusement, les espoirs et les efforts déployés par les Mahorais ne sont pas vains. Ils entreprennent, surtout les femmes. Ils ont un réel désir de développer l’île et beaucoup d’entre eux font des études et reviennent pour faire marcher Mayotte. Les Mzoungous aussi s’investissent davantage pour le bien de l’île. Et d’ailleurs certains d’entre eux sont sur l’île depuis des années et subissent la décadence de Mayotte. Mais ils continuent à se battre pour l’île. D’autres, fonctionnaires qui avaient terminé leur contrat, n’hésitent pas à revenir et à s’installer durablement. Parce que Mayotte est si unique en son genre que l’on peut véritablement s’y attacher. Quant à La France, ses semblants d’action suffisent à alimenter les espoirs de la population et à la faire avancer malgré tout… Lentement néanmoins. « 

Nous voyons que finalement, la vie mahoraise  » simple mais belle  » est à la fois un mythe pour les habitants de l’île, mais une réalité et un espoir pour ceux qui veulent bien le voir. A l’instar de l’Afrique, Mayotte et ses habitants ont tout à offrir en plus d’être un joyau dans l’océan. Malmené certes, mais pour qui on espère un avenir meilleur.

Je remercie Di-Panda pour ce magnifique clip et ses paroles qui peuvent toucher tout un chacun, et merci également à Y* pour ce témoignage poignant et rempli d’amour pour sa terre natale.

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